Bailiff, c’est comme une plongée dans un Chicago où se mêleraient encore usines fumantes du siècle passé et gratte-ciels rutilants, symboles d’un tout nouveau capitalisme. Ce serait le Chicago souterrain, nocturne, sombre. Le Chicago des caves aux murs un peu sales, recouverts d’affiches, qui foisonnent et résonnent de musiques en tous genres…
Josh Siegel, Ren Mathew et Owen O’Malley font ce que j’appellerais du rock intelligent (et je ne dis pas ça parce qu’ils jouent aux échecs sur la photo). Grosses guitares, gros clavier, basse bien grasse… c’est du gros son, c’est sûr, mais écrit et enregistré avec subtilité. Et même si le groupe s’est formé récemment, il y a une impressionnante maturité dans leurs compositions et leur jeu. On est bien loin du pop/rock adolescent que certains s’acharnent encore à faire aujourd’hui! Seul petits bémols, le chant un peu trop classique (moins d’effets ne ferait pas de mal), et peut-être quelques longueurs sur certains morceaux.
Leur premier album, sorti en juin 2011, s’intitule Red Balloon. Il est noir, poignant. J’aime particulièrement: la piste d’ouverture “Cricket” et ses choeurs inquiétants, sa guitare qui pleure comme un violon et ses percussions sourdes, “Everyday Fire”, à contretemps, “Eventually”, balancée et entêtante, “Curtains”, au rythme soul/hip hop et aux guitares qu’on jurerait entendre chanter, “Red Ballon”, pause à deux voix avec un refrain tout à fait pop (j’aurais bien vu une voix féminine pour donner encore plus de relief). A écouter en intégralité sur le player ci-dessous.
Similarités avec: Hooray for Earth, These New Puritans, Empires, New York Rivals, Broken Bells
Dire que j’ai été impressionnée par la qualité de ce groupe, dont je n’avais même pas écouté un morceau avant de venir au concert au Hi-Fi en mai dernier est un bel euphémisme. En fait, c’est carrément une des meilleures surprises que j’ai jamais eues en live! Leur prestation en un mot: folle. Une gifle en pleine figure. Aussi à l’aise sur l’expérimental que le mélodique, l’amère douceur ou l’énergie débridée, The Chemist (à ne pas confondre avec les anglais de The Chemists) captent le public grâce à la voix de Benjamin Witt qui a juste ce qu’il faut d’éraillé, et à un jeu sans faille.
Le groupe est originaire de Perth, sur la côte Ouest australienne. Une ville à l’écart, mais qui est paradoxalement un véritable hub musical. C’est là-bas qu’ont débuté les Birds of Tokyo, John Butler Trio ou encore Eskimo Joe. C’est aussi là-bas que se déroulent le V Festival et Southbound Festival, et le Big Day Out et Soundwave Festival y font leur arrêt annuel.
Un peu rebelle (“De toute façon c’est pas comme si vous connaissiez nos chansons!”), The Chemist se prennent au sérieux sans se croire au-dessus du lot. Pourtant, ils le sont… et largement. Mélangeant percussions hypnotisantes, rythmes parfois venus d’Europe de l’Est, ils créent un monde irréel. Etrange, sombre, toujours changeant ; sans limite. En film, ce serait l’Imaginaire du Docteur Parnassus. En image, une roulotte de cirque brinquebalante, perdue au milieu de nulle part.
Le quatuor a sorti deux EP en 2010, Lullabies (pochette claire) et The Wolves Howls Shatter The Old Glass Moon (pochette noire). Lullabies porte un nom trompeur: il n’y a en réalité qu’une seule piste que l’on pourrait décemment chanter à un enfant pour l’endormir, “When The Morning Comes”. Et ce n’est pas la seule surprise pour l’auditeur. On se rend vite compte en écoutant le CD que le groupe cultive un véritable goût pour le contraste et l’innatendu, brouillant sans cesse les pistes. Sur “Sweet Dreams”, la voix tremblante de Benjamin entourée d’étranges bruits métalliques donne une toute autre couleur aux paroles pourtant tout à fait innocentes, et semble plus propice aux cauchemards qu’aux “beaux rêves”. Au contraire, la dernière, malgré un titre plutôt morbide (“As Deep As Death”), a un parfum d’été avec ses cuivres et son rythme balancé. Enfin, leur single “Mercy”, qui ouvre le bal, débute sur un air de boîte à musique, mais se change très vite en hymne pop/rock au refrain entêtant. Le deuxième EP, plus rock excepté la triste “Find My Way Back Home”, s’intitule The Wolves Howls’ Shatter The Old Glass Moon. On y retrouve cinq morceaux aux inspirations variées, qui vous convaincront définitivement du talent fou de ces Australiens encore méconnus, entre scientifiques et sorciers.
Téléchargez gratuitement “YYY” sur leur page Triple J (vous trouverez aussi des démos de “Stars” et “Don’t Look Down”, mais écoutez plutôt les versions finales qui sont sur l’album).
A écouter: “Don’t Look Down”, “Lullaby #1 (Mercy)”, “Things Have Changed”, “As Deep As Death”
Très beau clip de “Lullaby #1 (Mercy)”
Similarités avec: Forgive Durden, Kiss Kiss, Queen, Panic at the Disco en version sombre
Lullabies
1. Lullaby #1 (Mercy
2. When The Morning Comes
3. Sweet Dreams
4. As Deep As Death
The Wolves’ howls shatter the old glass moon
1. End Of July
2. Stars
3. Things Have Changed
4. Don’t Look Down
5. Find My Way Back Home
On change complètement de style avec Alexander Clare, un anglais de 25 ans encore très peu connu par chez nous. Certains qualifient sa musique de dubstep, d’autres jurent qu’il en est loin… Après avoir fait un tour sur wikipedia, j’irais plutôt dans la première direction.
En tout cas, marier des sons electro rampants à cette magnifique voix soul est clairement une idée de génie.
Jugez plutôt.
“Relax my beloved”, clip officiel (gagnant du concours Genero.tv)
“Relax my beloved” est la première chanson que j’ai entendue, il y a environ 2 mois. C’était la bande-son d’une vidéo. Impossible de me souvenir du site où je l’ai trouvée, ce qui est, croyez-moi, extrêmement frustrant pour moi qui prends soin de citer mes sources, mais au moins j’ai fini par remettre la main sur la vidéo originale, de Matei-Alexandru Mocanu. Un peu dérangeante, mais tellement bien faite.
Comme souvent, j’avais noté le nom dans un coin, mais je n’étais pas retournée écouter… jusqu’à hier. Et là, impossible de m’arrêter. Repeat, repeat, repeat. J’ai l’impression qu’elle me tient par les tripes.
Ce n’est qu’en novembre dernier, en cherchant un concert pour remplacer celui des Scissor Sisters au Razzmatazz (Barcelona) – annulé pour cause de “problèmes d’argent” -, que j’ai découvert ces Britanniques dont les bouilles de gamin reflètent mal la noirceur musicale. Ils avaient alors déjà acquis une certaine renommée, notamment grâce à leur partenariat avec Levi’s. Leur dernier album Hidden a même depuis été choisi “Album de l’Année” par le célèbre magazine NME.
Leur musique, particulièrement bien enregistrée, est tout simplement envoûtante. Il y a quelque chose dans ces percussions qui résonnent et ces guitares acérées qui vous tient en haleine, quelque chose dans ces sons électroniques ronds et poisseux qui vous empêche de vous échapper.
Leur concert du 12/11 au City Hall (Barcelona), à l’occasion des Levi’s Unfamous Music Awards, a été une expérience très intéressante, à défaut d’être inoubliable. J’avoue que j’ai pris peur en voyant des chaines qui pendaient près de la batterie, finalement ils ne s’en sont servis que comme instrument de musique… Mais il n’empêche que ces gars-là sont vraiment en dehors du monde. C’est un peu comme s’ils étaient possédés. Ce qui fait qu’en live, ils arrivent bien à emmener une partie du public avec eux, mais par manque de rythme et trop de psychédélisme, ils en laissent malheureusement une autre partie sur la touche. Exception faite de la folie contagieuse déclenchée par “We Want War”, inimitable.
Remarque à part, le saxophoniste et le baryton étaient littéralement ailleurs puisqu’ils avaient dû boire et fumer un peu trop avant de monter sur scène. Je sais qu’ils trouvent qu’ils jouent mieux en absorbant quelques substances plus ou moins licites, et qu’ils y prennent plus de plaisir, mais croyez-moi, en tant que spectateur, face à quelq’un qui cligne mécaniquement de l’oeil droit toutes les 5 secondes, on se sent un peu mal à l’aise…
Quant aux clips, ils sont sombres, lents, un peu dérangeants. Je vous laisse découvrir par vous-mêmes ceux de “We Want War” et “Attack Music”, deux des chansons les plus réussies de l’album à mon avis, aux entêtantes consonnances orientales.
Clip de “We Want War”
Clip de “Attack Music”
Hidden est disponible sur amazon ici, leur album sorti en 2008 Beat Pyramid ici.
Vus les posts précédents, on pourrait penser que Los Angeles a le monopole des bons groupes de rock, mais c’est loin d’être le cas. Plus à l’Est, au bord d’un Grand Lac, se trouve un autre vivier de talents : Chicago. Première étape de ma démonstration.
Empires : Tom Conrad (guitare), Ryan J. Luciani (batterie), Max Steger (guitare), Sean Van Vleet (chant)
C’est au hasard d’un clic sur le web que je télécharge début 2008 le premier album auto-produit de ce groupe, intitulé Howl. Coup de coeur instantané. Je le sens à l’intérieur, il se passe quelque chose. C’est dans ces moments là qu’on prend toute la mesure de la magie de la musique. Quand il y a réellement transmission d’une émotion, des artistes au public. Impossible à décrire, à expliquer. Seulement, tout notre corps et notre esprit est bouleversé. Et ça a été le cas avec leur musique, dès la première écoute. J’accroche à la voix, qui semble se craqueler, aux puissantes guitares, aux paroles poétiques. A la douceur qui s’installe lorsqu’il n’y a plus qu’un clavier et une batterie.
Howl, c’est 15 chansons toutes plus réussies les unes que les autres. Souvent rock, parfois douces, toujours émotionellement très fortes ; à tel point que se forment dans notre tête des images étonnamment précises quand on les écoute. L’album, victime de son succès, n’est plus disponible en version physique, par contre vous pouvez le télécharger gratuitement sur leur site.
J’aime particulièrement : la voix vibrante d’émotion de Sean sur “Hayley”, l’air joyeux de “Believe!”, l’énergie de “Late Night Rendezvous”
Similarités avec : Third Eye Blind, Muse
Howl
1. Spit The Dark
2. I Want Blood
3. Modern Love
4. Valmont
5. Believe!
6. Late Night RendezVous
7. Warning Mark
8. Don’t Let It Fool You
9. Under The Bright Lights
10. All Night Long
11. Midnight Land
12. My Poor Lover
13. Keep The Mood
14. Anywhere
15. Hayley
Clip de “Spit The Dark”
Interview avec The Rockstar Stories et extraits acousiques pour LoonaticTV